Le Colisée

LES ATROCITÉS DES « JEUX DU COLISEE » DANS LA ROME ANTIQUE

Les jeux de la Rome Antique ou « Ludi Romani »

Le Colisée
Le Colisée

C’est en 80 après J.C que sont organisés pour la première fois au Colisée, les « Jeux de la Rome Antique ». Près d’une dizaine de milliers de spectateurs s’ennuient dans les gradins. Impatients et curieux à la fois, ils sont là pour assister à ce grand spectacle dont tout le monde parle, sans pour autant savoir à quoi s’attendre exactement !

Le moment est enfin venu de faire entrer une douzaine d’hommes – criminels pour la plupart – dans la gigantesque arène. On les force à tester un nouvel engin. Les poings liés derrière le dos, l’un d’eux est propulsé par cette cruelle balancelle haut dans les airs alors qu’en face l’autre s’écrase violemment au sol !

Sans trop attendre, on ouvre alors les multiples trappes et des animaux sauvages et affamés se précipitent dans l’arène.

Des lions, ours, léopards et sangliers pourchassent sans relâche ces pauvres hommes effrayés qui ne reculent pourtant devant rien pour tenter d’échapper de leur mieux, aux énormes griffes et mâchoires aiguisées de leurs prédateurs.  

Dans les gradins, la foule se marre et applaudit !

Les spectateurs de ce show morbide sont même invités à parier : lequel de ces pauvres hommes sera le premier à succomber aux blessures infligées par ces bêtes féroces ? et lequel d’entre eux sera le dernier encore debout ?

La vérité qui se cache derrière les « Jeux »

Les organisateurs et sponsors de ces « Jeux », connus sous le nom d’« éditeurs » avaient comme but de promouvoir leurs points de vue et philosophies auprès du plus grand nombre de citoyens romains possible, autrement dit aux hommes, femmes, riches, pauvres, enfants et nobles élites. Pour satisfaire un public toujours plus assoiffé, chaque nouveau jeu organisé promettait d’être plus spectaculaire que le dernier !

Les éditeurs –politiciens comme nobles- n’hésitaient pas à dépenser des sommes monstrueuses pour parrainer leurs Jeux. Pour eux, ces jeux n’étaient pas seulement un symbole de pouvoir et d’argent sinon d’opportunités !

Plus les Jeux étaient spectaculaires et choquants, plus ils attiraient du monde !

Et plus ces derniers étaient populaires, plus ses sponsors pouvaient influencer le public en leurs faveurs.

Le moindre détail de ces jeux devait être méticuleusement planifié puisque la réputation de ses organisateurs reposait entièrement sur le bon ou mauvais résultat du spectacle.  

Aujourd’hui, grâce aux célèbres films, diverses pièces de théâtre et reconstitutions historiques, il n’est nous est plus facile d’imaginer à quoi ressemblaient les fameux Jeux de Rome.

C’est dans les films « Ben-Hur » et « Gladiator », que l’on peut voir « les combats de gladiateurs et courses de chars », les deux plus populaires jeux de l’arène du Colisée.

Cependant, ce qui gardait le public scotché à leur chaise – et que l’on a plutôt tendance à oublier – c’est le “spectacle de la mi-temps”, mieux connu sous le nom de “condamnation par les bêtes”.

La montée de brutalité au Colisée

Tout a commencé en 242 av. J.-C., lorsque deux fils, voulant faire de l’hommage funéraire de leur père un évènement particulier et spécial, ordonnèrent aux esclaves « un combat à mort ».

C’est avec le temps que de nouvelles armes sont ajoutées et de nouvelles règles instaurées à tous ces spectacles qui, ne cessant de croitre en popularité – surtout auprès des classes supérieures – donnèrent ainsi naissance aux célèbres « Jeux Romains » que nous connaissons aujourd’hui.

En 189 av. J.-C., un consul du nom de M. Fulvius Nobilior, voyant que les duels humains devenaient de plus en plus communs et n’impressionnaient plus l’audience autant qu’avant, en profite pour tenter quelque chose de différent. Les « combats à mort » étaient déjà de véritables bains de sang, mais inclure des bêtes sauvages à cet acte le rendrait indubitablement plus excitant ! Dorénavant, les prisonniers devaient se battre non seulement entre eux, mais aussi lutter contre de féroces lions et panthères ! Nobilior était convaincu que ce type de spectacle impressionnerait le public romain puisque la chasse aux animaux féroces ne faisait pas partie de leur culture. Résultat ? Un grand succès !

Cette introduction d’animaux a marqué une avancée décisive dans l’évolution des Jeux romains : En effet, c’était bien plus amusant de regarder un criminel se faire déchiqueter en morceaux et dévoré par ces animaux sauvages affamés plutôt que de le destiner à une mort juste et honorable.

C’est vingt-deux ans plus tard, en 167 av. J.-C., qu’Aemilius Paullus décide de rassembler quelques déserteurs de l’armée pour les donner en exemple à tous ceux qui oseraient défier l’autorité romaine en les laissant un à un, se faire piétiner, et écraser, sous de grosses et lourdes pattes d’éléphants. « L’acte a été commis publiquement », relate l’historienne Alison Futrell dans son livre « Blood in the Arena ».

Être témoin de la mort atroce des criminels, esclaves et déserteurs destinés à être jetés aux lions procurait à la foule, un sentiment de « satisfaction et de soulagement »,

Plutôt que de les considérer comme des victimes, les spectateurs de ces Jeux morbides les voyaient au contraire, comme des êtres « inférieurs ».

L’influence de Jules César sur les Jeux Romains

C’est au Général Jules César que revient le titre de véritable « Maitre des Jeux de Rome ».

Il savait précisément comment manipuler les Jeux pour qu’ils suscitent peur, obéissance et loyauté parmi le public Romain. Il organisait les Jeux de manière innovatrice et ingénieuse.

Jules César fut d’ailleurs le premier à organiser des combats entre armées fraichement capturées. C’était de cette manière qu’il apprenait rapidement les techniques de défenses de ses ennemies, se les appropriait pour ensuite les utiliser efficacement lors de ses futures conquêtes. C’est ainsi qu’il réussit à s’imposer auprès de son public enthousiaste, faisant valoir sa puissance et sa supériorité. Qui d’autre sinon Jules César, dans le seul but de se divertir, était assez puissant pour organiser un combat à mort entre deux armées ennemies ?

César ne manquait pas de rapporter de ses territoires récemment conquis, des animaux exotiques pour les intégrer dans ses Jeux. Il trouvait que ces nouvelles espèces animales représentaient le meilleur moyen d’éduquer les citoyens et leur faire prendre conscience de l’ampleur de l’Empire Romain.  

C’est également lui qui organisait des « chasses » entre soldats et une multitude de lions et d’éléphants.

Saviez-vous que Cléopâtre elle-même fit envoyer des girafes à César en cadeau ?

César portait beaucoup d’attention aux moindres détails de ses Jeux. Il versait de grosses sommes d’argent aux hommes appelés « bestiarii » pour qu’ils prennent soin de ces nombreux animaux sauvages.

Les bestiarii étaient donc chargés d’héberger les bêtes et de les élever. Cependant leur but final était d’entrainer les animaux pour qu’ils sachent se battre, tuer et dévorer leurs victimes.

Ce n’est pas dans l’instinct d’un animal sauvage d’attaquer et de dévorer un être humain, surtout s’il doit le faire devant une foule immense et bruyante.

Le travail du bestiarii n’était donc pas de tout repos ; décevoir les organisateurs des Jeux en manquant au bon entrainement des bêtes était hors de question, puisqu’ils y risquaient leur propre vie !  

Pour que les animaux dans l’arène se comportent comme prévu, les bestiarii ne les nourrissaient qu’à la chair humaine. Les bestiarii devait également « former » les hommes condamnés, en leur montrant comment se comporter et se déplacer au milieu de ces bêtes affamées pour non seulement leur éviter des blessures inutiles, mais aussi et surtout pour garantir un spectacle encore plus impressionnant ! Aucun détail n’était laissé au hasard !

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour les Jeux orchestrés par les meilleurs artistes du Colisée deviennent si populaires qu’ils attiraient près de 250 000 personnes dans les gradins ! Alors que les « Jeux de la mi-temps » devenaient de plus en plus abominables, les Bestiarii gagnaient une plus grande indépendance, à tel point qu’ils arrivaient à rivaliser avec l’arrogance sans cesse croissante de leurs « sponsors ».

Caligula fait croitre la cruauté

Au fur et à mesure que les « combats à mort » entre prisonniers et bêtes devenaient plus grands, plus extravagants et encore plus cruels, on les utilisait comme méthode privilégiée pour « se débarrasser facilement des criminels et des ennemis, de manière amusante ».

L’Empereur Caligula condamnait à mort tous les prisonniers de Rome, et ce sans même prendre le temps d’en examiner les accusations. Sans hésiter, il donnait l’ordre de les faire jeter aux bêtes.

Les animaux sauvages passaient par un entrainement qui s’étalait sur plusieurs mois avant d’être enfin prêts et aptes à se comporter comme attendu une fois lâchés dans l’arène. Il va sans dire que cela représentait de monstrueuses sommes d’argent aux « éditeurs ».

La constante et croissante pression que subissaient les bestiarii de devoir toujours faire encore mieux et encore plus grandiose à chaque fois, les obligeaient à trouver des moyens d’exécution toujours plus impressionnants et innovateurs. Il n’était pas question de décevoir leurs sponsors et encore moins le public. Leurs nouvelles techniques consistaient à créer des engins qui tromperaient les prisonniers, leur donnant la fausse impression et l’espoir qu’ils avaient une chance de s’échapper. Les structures au sol s’effondraient sous les pieds de ces malheureux qui réalisaient bien trop tard, qu’ils étaient certainement condamnés à une mort cruelle. Avant de lâcher les bêtes affamées dans l’arène, un temps de pause était alors marqué pour permettre à la foule de parier sur le premier ou dernier malheureux à se faire dévorer.

La cruauté et la brutalité croissante des « combats Hommes Vs Bêtes » de la mi-temps était telle que la majorité des condamnés préféraient se suicider plutôt que d’affronter l’horreur qui les attendait.

Carpophorus ou le Roi des Bêtes

Carpophorus était non seulement connu pour avoir entraîné les animaux à se battre contre les ennemis, les criminels et les chrétiens de Rome, mais également celui qui vaincu les animaux les plus terrifiants de l’arène du Colisée lui-même.

Ses exploits héroïques étaient tels qu’un poète nommé ‘Martial’ les relate dans ses « Odes à Carpophorus ».

Commodus, le Gladiateur

En 180 après J.-C., les Jeux Romains – grâce aux jeux de la mi-temps – atteignent leur pic de notoriété.

Diriger l’Empire n’intéressait que très peu L’Empereur Commodus ; cependant les Jeux Romains l’obsédaient !

Pour lui, les Jeux qu’il organisait devaient non seulement être les meilleurs, mais lui-même devait également y jouer le rôle principal ! 

C’est ainsi qu’il débuta comme gladiateur. Pour garantir sa victoire, il choisissait soigneusement ses adversaires : il ne se battait que contre des hommes blessés ou amputés ayant pour seule arme de défense des bâtons de bois.  

Être gladiateur ne lui suffisait cependant pas ; il voulait également diriger lui-même le « Spectacle de la mi-temps ». Là encore, les animaux devaient être auparavant blessés ou enchainés avant de commencer le combat, afin de garantir sa victoire.

Ne reculant devant rien, il allait même jusqu’à faire tuer ses bestiarii-compétiteurs pour les empêcher de lui voler la gloire.

Il avait atteint un tel niveau de folie que des hommes commençaient à planifier son assassinat ! Tout le monde espérait que sa mort aiderait à réinstaurer ordre et stabilité, mais c’était malheureusement trop tard : Rome était déjà brisée, prise dans une spirale infernale de mort imparable. Tous ceux qui voulaient protéger l’Empire ou osaient même le défendre se faisaient tuer.  

C’est avec le déclin de popularité des Jeux que le Christianisme refait surface

Tout ce qui rendait les « Jeux romains » si puissants et scandaleux est paradoxalement ce qui a en fait entraîné le déclin de l’Empire Romain.

Les « Spectacles de la mi-temps » au Colisée perdaient progressivement de leur popularité et brutalité auprès de l’audience.

Les premiers Chrétiens étaient de loin les victimes les plus populaires de ces spectacles.

Hommes, femmes et enfants, condamnés par les Empereurs étaient systématiquement humiliés et jetés aux bêtes. Les spectacles étaient si brutaux et cruels que tous ceux en étaient témoins devaient y réfléchir à deux fois avant d’envisager une conversion au Christianisme.

Un sentiment de sympathie envers les Chrétiens naquit petit à petit parmi les spectateurs, témoins de ces martyrs acceptant leur destin avec grâce et humilité.

En fin de compte, qui aurait pensé que ces « Jeux de la mi-temps » (presque oubliées) auraient un tel impact sur le monde, bien plus que les fameux « combats de gladiateurs » ou « les courses de chars » ?

Les ruines du Colisée
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