Cinq œuvres à ne pas louper lors de votre visite au Prado

Situé en plein cœur de Madrid, le Prado est le plus grand musée espagnol et l’une des plus importantes pinacothèques du monde. L’établissement abrite en effet une prestigieuse collection d’œuvres européennes couvrant la période du XIVe au XIXe avec plus de 8000 tableaux, 6400 dessins et près d’un millier de sculptures. A l’image de la Joconde ou du Radeau de la Méduse au Louvre, le musée renferme des pièces exceptionnelles que le blog Inspiration a aujourd’hui choisi de vous présenter.

Tres de mayo, par Francisco de Goya (1814)

El tres de mayo de 1808 en Madrid (Le trois mai 1808 à Madrid) est l’œuvre la plus connue de l’artiste espagnol Francisco de Goya. Elle représente un groupe de soldats français exécutant des combattants madrilènes faits prisonniers lors de l’insurrection du 2 mai.

Cette toile rompt de manière singulière avec les représentations des horreurs liées à la guerre réalisées jusqu’alors. La dramatisation, le jeu de clair-obscur, l’attitude expressive des personnages et la puissance psychologique qui se dégage de ce tableau en font l’une des premières œuvres de l’ère moderne. Selon l’historien de l’art Kenneth Clark, Tres de Mayo est d’ailleurs « la première grande toile qui peut être qualifiée de révolutionnaire dans tous les sens du terme : par son style, son sujet et son intention ».

Le tableau se décompose en deux grandes parties distinctes. La première représente les prisonniers espagnols, exécutés à bout portant par les soldats français. La lumière, concentrée sur cette partie de la toile, met en exergue l’expression faciale des condamnés. Une technique utilisée par l’artiste pour rendre compte de la détresse de ces hommes, à genoux, suppliant l’ennemi de les épargner. Le contraste est saisissant avec le traitement réservé aux troupes impériales. Nichés dans la pénombre, les soldats forment un bloc monolithique, implacable et dénué d’émotion.

Cette mise en scène, qui représente l’héroïsme tragique des insurgés espagnols lors de l’occupation française est, encore aujourd’hui, l’un des réquisitoires les plus célèbres contre la guerre, les violences et la barbarie.

Tres de Mayo - Francisco de Goya

Las Meninas, par Diego Velázquez

Peintre officiel du Roi Philippe IV pendant près de trente ans, Diego Velázquez, est considéré comme l’un des plus grands artistes espagnols. Le natif de Séville a consacré une grande partie de sa vie à la réalisation de portraits présentant les résidents du palais sous leur plus beaux atours.

Las Meninas dépeint l’infante d’Espagne marguerite-Thérèse, future impératrice du Saint-Empire, entourée de ses demoiselles d’honneur, d’un peintre, d’un nain, d’une chaperonne et d’un garde. Sa silhouette est mise en valeur par son rôle central dans la composition, le rayon de lumière transperçant la seule fenêtre de la pièce vient en effet se poser sur sa peau et souligner les courbes de sa grande robe. L’attention portée par ses demoiselles d’honneur, tant dans leur regard que dans leur gestuelle, montre toute l’importance de la jeune princesse au sein de la cour d’Espagne.

D’autres personnages méritent toutefois d’être observés, à commencer par le peintre au fond de la pièce. Il s’agit de Velázquez lui-même, représenté ici en train de peindre le couple royal. Le regard de cet autoportrait, qui passe par-delà la toile présente au premier plan, semble vouloir capter notre attention. Philippe IV et Marie-Anne d’Autriche, placés hors de la peinture, apparaissent quant à eux dans le miroir accroché sur le mur du fond. Le jeu de perspectives, d’illusions et de réflexions font de cette œuvre complexe l’une des plus commentées de l’histoire de la peinture occidentale.

En plus de cette toile magnifique, on doit à Diego Velazquez une grande partie de la collection actuelle du Prado. C’est en effet sous sa curatelle que des œuvres de Raphael, Le Titien ou encore Rubens sont arrivées en Espagne.

Le Triomphe de David, par Nicolas Poussin

The triumph of David by Nicolas Poussin

Riche en peintures espagnoles, le musée du Prado abrite également de nombreux chefs d’œuvres européens. C’est le cas du Triomphe de David, une toile que l’on doit à Nicolas Poussin, le peintre français le plus important du XVIIème siècle.

Dans cette mise en scène colorée, un avatar de la victoire s’apprête à poser une couronne de Laurier sur la tête de David suite à son combat contre Goliath. Cette toile fait référence au passage de l’Ancien Testament (Samuel 17, 12-58), narrant le combat de David, futur roi d’Israël, contre le géant Goliath. La tête de ce dernier est ici posée sur des pièces d’armure, à droite de la composition. De l’autre côté, trois angelots amènent avec eux la couronne en or afin de récompenser l’acte héroïque du jeune berger.

L’influence de Le Titien, tant dans la technique picturale que dans la représentation visuelle des anges, est particulièrement visible. Le mélange des histoires de la Bible et de la mythologie est également un thème que l’on retrouve souvent dans le travail de Nicolas Poussin (La Fuite en Égypte ou Coriolan supplié par sa famille).

Avant d’être exposée au Prado, cette pièce se trouvait déjà en Espagne : Un inventaire vieux de trois siècles détaille le transfert de la toile depuis le Palais de la Granja de San Ildefonso au Palais Royal d’Aranjuez, la résidence des Rois d’Espagne.

Le Jardin des délices, par Jérôme Bosch

Le Jardin des délices est une peinture à l’huile sur bois structurée en triptyque, un format de tableau très populaire au XVIe siècle. Cette œuvre du néerlandais Hieronymus Bosch est difficile à dater en raison de l’absence de sources fiables. La première mention de la toile apparaît dans le récit de voyage du chanoine Antonio de Beatis. Ce dernier aurait observé le Jardin des délices au Palais de Nassau à Bruxelles en 1517, soit près de quinze ans après sa création supposée. .

Par un jeu d’héritage, le tableau devient la propriété de Guillaume d’Orange avant d’être confisqué par le duc d’Albe, qui l’emporte avec lui en Espagne en 1570. Cédée à la Couronne d’Espagne près de vingt ans plus tard, la toile demeure près de quatre siècle au palais de l’Escurial avant d’être déplacée dans son lieu d’exposition actuel, le musée du Prado.

L’œuvre, qui se découpe en trois plans, pourrait s’interpréter de manière chronologique. Le panneau de gauche représente le Jardin d’Eden. On peut y voir Adam et Eve entourés de nombreux animaux. Le tableau central – le plus grand – représente une humanité pécheresse et décadente, ce qui amène invariablement à la troisième partie de la composition : l’enfer et la torture éternelle.

Selon les chercheurs en histoire de l’art, cette toile serait un speculum nuptiarum, que l’on peut traduire par « miroir nuptial ». Ce type de tableau permettait d’instruire les nouveaux mariés quant à l’importance des liens du mariage mais aussi de former moralement les membres de la cour susceptibles de gouverner.

The Garden of Earthly Delights, by Hieronymus Bosch

Saturne dévorant un de ses fils, par Francisco de Goya

« Saturne dévorant un de ses fils » est l’une des pièces majeures de Francisco de Goya. D’abord peinte à même le mur de sa demeure de Manzanares, près de Madrid, l’œuvre est ensuite transférée sur toile après la mort de l’artiste.

Le tableau présente Cronos en train de dévorer l’un de ses fils. Selon la mythologie Grecque, le roi des Titans souhaitait renverser la prophétie selon laquelle l’un de ses enfants était destiné à le détrôner. Après avoir englouti Hestia, Déméter, Héra, Hadès et Poséidon, Cronos s’apprête à déguster sa sixième progéniture. Sa femme, Rhéa, parvient toutefois à remplacer le nourrisson par une pierre. Ce dernier, surnommé Zeus(Jupiter dans la mythologie romaine), parviendra à vaincre son père et à lui faire recracher ses frères et sœurs après une lutte acharnée impliquant des géants, des cyclopes et Métis, la déesse de la ruse.

Ce tableau est l’une des fameuses peintures noires de Goya, réalisées entre 1819 et 1823 sur les murs de sa maison. Des œuvres qui n’étaient ni commandées ni destinées à être vues par le public. Ces « toiles » sombres incarnent l’état d’esprit de l’artiste, éreinté par la guerre civile espagnole et les deux maladies graves successives l’ayant laissé sourd et affaibli.

Ce tableau, au-delà de la mythologie grecque, pourrait être une allégorie des conflits de l’époque, ou la patrie consommerait ses propres enfants dans des guerres sans fins.